Adama Aly Pam, archiviste paléographe (prom. 2000) et doctorant à l'École, soutien sa thèse de doctorat intitulée Socio-histoire de la formation des bibliothécaires, archivistes et documentalistes de l’Afrique francophone à Dakar (1953 à nos jours), sous la direction d’Édouard Vasseur, professeur d'archivistique, diplomatique et histoire des institutions de l'époque contemporaine.
Mardi 17 mars 2026
- École nationale des chartes, 65 rue de Richelieu, Paris 2e
- 9h
Argumentaire
La thèse analyse la genèse et les transformations de l’École de bibliothécaires, archivistes et documentalistes, fondée en 1962 sous le nom de CRFB puis réorganisée en 1967. Elle montre comment cette institution s’inscrit dans les dynamiques postcoloniales de circulation des savoirs, entre héritages impériaux, coopération internationale et affirmation des nouveaux États africains. Des premières initiatives (Ibadan 1953, Addis-Abeba 1961, Enugu 1962) à la structuration d’un cycle supérieur pour conservateurs en 1983, l’École accompagne la professionnalisation des métiers du livre, des archives et de la documentation.
L’étude met en lumière les hybridations entre traditions bibliothéconomiques et archivistiques, l’émergence des sciences de l’information, mais aussi la persistance d’approches eurocentrées dans les curricula. Malgré l’africanisation des cadres, certaines problématiques – bibliothèque coloniale, sources endogènes de l’histoire africaine, histoire plurielle de l’écrit en Afrique – sont longtemps restées marginales. La recherche propose ainsi une déconstruction critique de plusieurs idées reçues sur l’histoire de l’écrit en Afrique et analyse la continuité de discours et de pratiques hérités de la période coloniale dans la formation et les politiques documentaires.
La thèse explore également la sociologie des corps de métier des archivistes, bibliothécaires et documentalistes : processus de professionnalisation, construction des identités professionnelles, réseaux d’anciens élèves et structuration des carrières à l’échelle régionale. Elle interroge enfin les usages politiques du livre et des archives, envisagés comme instruments de légitimation, de gouvernance, de mémoire et de diplomatie culturelle dans les États postcoloniaux.
La trajectoire de l’Ebad révèle ainsi les jeux d’influence de l’Unesco, du Conseil international des archives, des Archives de France et de l’École nationale des chartes - PSL dans la structuration des politiques documentaires en Afrique francophone. Le travail est une contribution à l’histoire intellectuelle et institutionnelle des métiers de l’information en Afrique, au croisement des enjeux politiques, pédagogiques, mémoriels, sociologiques et épistémologiques.
Jury
Le jury sera composé de :
- Christophe Gauthier, professeur d’histoire du livre et des médias contemporains à l'École nationale des chartes - PSL (président du jury)
- Édouard Vasseur, professeur d'archivistique, diplomatique et histoire des institutions de l'époque contemporaine à l'École nationale des chartes - PSL (directeur de thèse)
- Emmanuelle Sibeud, professeure d’histoire contemporaine à l'Université Paris 8 (Vincennes-Saint-Denis) (rapporteure)
- Ahmeth Ndiaye, professeur d’archivistique à l'École de bibliothécaires, archivistes et documentalistes, Université Cheikh Anta Diop de Dakar (rapporteur)
- Damiano Matasci, professeur d’histoire, section des sciences de l’éducation, à l'Université de Genève (examinateur)
- Patrice Marcilloux, professeur d’archivistique à l'Université d’Angers (examinateur)

