Jérôme Schweitzer, archiviste paléographe (prom. 2010), conservateur en chef des bibliothèques à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, est commissaire scientifique de l'exposition « René Cassin. Un combattant pour la paix », organisée du 10 avril au 11 juillet 2026.
En effet, l’année 2026 marque le cinquantenaire de la disparition de René Cassin (1887-1976). Dans le cadre de ces commémorations nationales, la Fondation René Cassin sous l’égide de son président, Emmanuel Decaux, et la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg (Bnu) ont choisi de préparer ensemble une exposition-dossier destinée à partager avec le plus grand nombre le destin exceptionnel de cet homme qui, toute sa vie, s’est battu pour défendre les Droits de l'Homme et l’État de droit.
René Cassin (1887-1976) a reçu le prix Nobel de la paix en 1968, alors qu’il était juge à la Cour de Strasbourg, couronnant ainsi son engagement pour les droits de l’homme. C’est le rôle décisif de ce grand juriste dans l’élaboration de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui a marqué le point d’orgue de sa vocation internationale.
Grand blessé de guerre en 1914, à l’âge de 27 ans, Cassin a mis ses compétences de professeur de droit au service des mutilés, des veuves de guerre et des orphelins - « les pupilles de la nation » - avant de participer en tant que président d’honneur de l’Union fédérale des anciens combattants aux travaux de la Société des Nations de 1924 à 1938. Face à la montée des périls, dès les années trente il n’a cessé de mobiliser l’opinion contre la dictature hitlérienne et défendant la dignité humaine contre « l’État Léviathan ».
À l’heure de la défaite, le « professeur Cassin » est dès juin 1940, un des tout premiers civils à rejoindre le Général de Gaulle à Londres, devenant un des protagonistes du relèvement de la France, aux côtés des Alliés dans la fidélité à la devise républicaine, Liberté, Égalité, Fraternité. Il affirme avec force la légitimité et la légalité de la France libre face à la pseudo-Constitution de Vichy. Il joue également un rôle diplomatique de premier plan dans la négociation des Accords Churchill-De Gaulle qui consacrent le statut juridique de la France libre et visent la « restauration intégrale de la grandeur et de l’indépendance de la France ».
Parallèlement à ses responsabilités nationales à la tête du Conseil d’État de 1944 à 1960, « le président Cassin » n’a cessé d’exercer des fonctions internationales, notamment comme membre de la commission des droits de l’homme mise en place en 1946. C’est dans ce cadre que la Déclaration universelle sera élaborée sous la présidence de Mme Roosevelt avant d’être longuement débattue par l’ensemble des États membres de l’Assemblée générale des Nations Unies, puis votée le 10 décembre 1948. La rigueur juridique de Cassin, sa hauteur de vue et son sens diplomatique ont fait beaucoup pour donner à la Déclaration ses caractères d’universalité et d’indivisibilité, avec le souci d’assurer des garanties effectives, dans le cadre national, régional ou international.
Au-delà du droit, Cassin en appelait aux « forces morales ». Son message fondé sur « l’éducation et l’enseignement des droits de l’homme » s’adresse aux nouvelles générations. À l’heure où la paix et la justice sont de nouveau battues en brèche à travers le monde, son exemple de courage et de détermination, sa volonté de combiner patriotisme républicain et vocation universelle au service des droits de l’homme, sont plus actuels que jamais.

Buste de René Cassin par Ginette Bingguely-Lejeune, coll. du Conseil d'Etat, photo Bnu/JSc
Le parcours de l'exposition s'appuie sur des prêts exceptionnels des Archives nationales, du Conseil d’État et du musée de l'Ordre de la Libération. Il a, entre autres, été préparé avec Louis Frachon (élève de 2e année de l’École nationale des chartes - PSL) qui a participé au choix des documents lors de son stage de première année entre mai et juillet 2025.







