La bibliothèque a poursuivi en 2025 sa politique d'acquisition de documents anciens, toujours dans un but d'usage pédagogique à destination des élèves et étudiants. Ces documents sont exposés en salle de lecture, du 9 mars au 5 juin 2026.

Treize ouvrages sont présentés, classés en quatre grandes catégories thématiques. Celles-ci n'épuisent évidemment pas toute la richesse de chaque livre : si Martin du Gard est un chartiste lié à l'histoire de l'École, le livre que nous présentons est aussi un intéressant cas de réémission d'une édition à compte d'auteur ! La Bible du temps des guerres de Religion est aussi un excellent exemple de reliure pastiche d'amateur provincial au XXe siècle ! C'est ainsi à un résumé de l'histoire du livre que nous invitons le visiteur autour d'enjeux aussi divers que passionnants : lien entre écrit et oralité, usage de caractères inhabituels, dialogues entre érudits par livres interposés, polémiques religieuses voire racistes, best-sellers au XIXe s., livres non typographiques, impressions provinciales, lecture non linéaire...

Tous ces ouvrages sont à la disposition des lecteurs de la bibliothèque, sans justification. Certains d'entre eux ont été présentés et commentés dans notre rubrique du magazine Art et métiers du livre sur les acquisitions de la bibliothèque de l'École des chartes - PSL.

Voir la liste dans le catalogue de la bibliothèque

Histoire de l’Écrit

M. Patey, Tachéographie ou Tachygraphie française. Mantes, imprimerie Marie Perrin épouse Refay, 1819

Achat sur eBay (château de Capens), 2025. Bibliothèque de l’École nationale des chartes, 8DELR20(53).

Cette plaquette est un support pédagogique publiée par un professeur du nom de Patey, actif à Paris dans la première moitié du XIXe siècle. Elle présente un autre système qui permet de prendre en notes une expression orale : celle de Coulon de Thévenot (1754-1813). Il présente sa méthode à l’Académie des sciences, à Louis XVI, à Bonaparte, et, sensible à ses applications possibles dans le contexte du nouveau système parlementaire, il propose au Directoire la fondation d’un journal qui publierait l’intégralité des débats de ses deux assemblées. Le fascicule montre que la méthode avait été reprise à leur compte des professeurs de sténographie, répondant à un besoin d’une société où l’écrit joue un rôle grandissant. Ce Patey met plus tard au point sa propre méthode - la typosténographie – et l’applique en travaillant pour les tribunaux.

Cahier de sermons, Manuscrit sténographique, 1803

Achat en librairie, Nicolas Malais (Paris), 2025. À coter.

Ce minuscule ouvrage peut étonner par bien des aspects. Un conservateur qui trouverait pareille écriture dans un fonds ancien de bibliothèque serait sans doute bien étonné ! Jacques Cossard publie en 1651 sa Methode pour escrire aussi vite qu’on parle. C’est cette méthode qui est utilisée ici, de manière pratique, pour noter des sermons que le scripteur a certainement entendu prononcer et dont il désirait garder trace. Rien de mystérieux dans ces signes cabalistiques, donc, si ce n’est que la lecture de l’ouvrage demande un apprentissage spécifique.

Image décorative : "Cahier de sermons", manuscrit sténographique, 1803

Cahier de sermons, manuscrit sténographique, 1803

Histoire de l’École et de ses élèves

Lorédan Larchey, Un mois à Constantinople. Janvier 1855. Alençon, Poulet-Malassis et de Broise, 1856

Achat en librarie, Bellamys World/Book Heritages (Liban), 2025. Bibliothèque de l’École nationale des chartes, 8R321.

Le célèbre bibliothécaire Lorédan Larchey publie en 1856 un opuscule sur Constantinople. Rompant avec la tradition romantique du récit de voyage, il documente un pays en pleine mutation loin des clichés orientalistes, avec précision et non sans humour. Reflet des réseaux intellectuels du monde étudiant parisien, l’ouvrage est publié par Auguste Poulet-Malassis, éditeur des Fleurs du Mal dès l’année suivante : il est le fruit d’amitiés intellectuelles et littéraires en marge de l’École des chartes.

Image décorative : Lorédan Larchey, "Un mois à Constantinople. Janvier 1855". Adresse de Poulet-Malassis et de Broise sur la page de titre

Lorédan Larchey, Un mois à Constantinople. Janvier 1855. Adresse de Poulet-Malassis et de Broise sur la page de titre

Roger Martin du Gard, Devenir ! Paris, Ollendorf, 1909 (réémission Paris, éditions de la Nouvelle Revue française, 1922)

Achat à la librairie L’ivre livre (Foix), 2025. Bibliothèque de l’École nationale des chartes, 8BENC19.

Roger Martin du Gard, lauréat du prix Nobel de littérature (1937), est un chartiste. Il a commencé à écrire quand il était étudiant et en tire un premier livre, Devenir !, où l’un des protagonistes est lui-même élève de l’École. 

Ce livre paraît à compte d’auteur en 1909. Mais une fois devenu un auteur à succès, ami de Gide et de Gallimard, la NRF va racheter les stocks invendus de cet ouvrage et en proposer une nouvelle « émission », c’est-à-dire une vente des vieux exemplaires sous une nouvelle couverture en faisant croire à une édition Gallimard !

René Robinet, La Guerre, la captivité (1939-1945). « Une si longue attente… ». Lille, imprimerie centrale du Nord, 1999

Achat sur eBay, 2025. Bibliothèque de l’École nationale des chartes, 8BENC20.

La numérisation de la thèse de René Robinet (1914-2002, promotion 1942), grâce au soutien des Archives départementales des Ardennes, a été l’occasion de nous pencher sur la destinée de ce confrère, qui a passé la guerre en Allemagne comme prisonnier – ce dont il témoigne dans ce livre de souvenirs. L’ouvrage documente également les pratiques d’autoédition à la fin du XXe siècle.

Le livre et la religion

[Jean Mabillon], Lettre d’un bénédictin à Monseigneur l’évêque de Blois. Paris, Pierre de Bats et Imbert de Bats, 1700

Achat en librairie, Le Passage, 2025. Bibliothèque de l’École nationale des chartes, 8R322.

À la fin du siècle, après la polémique qui l’a opposé à Rancé et son voyage à Rome, Jean Mabillon est devenu un personnage éminent, mais pas intouchable. Or, certains trouvent qu’il est allé trop loin dans sa Lettre à Eusèbe, où il remet en cause le culte rendu à certains saints, après avoir visité les catacombes. Il n’est pas condamné mais, en signe de soumission, il doit écrire un texte qui soutient l’authenticité d’une relique conservée dans une maison de son ordre : la Sainte Larme de Vendôme, dénoncée par J.-B. Thiers. Conscient des qualités de la critique – mais jugeant la forme insupportable – Mabillon parvient à ses fins de manière très fine, en posant d’importantes nuances sur la qualité d’une relique… et tout artefact historique.

Image décorative : "Lettre d’un bénédictin à Monseigneur l’évêque de Blois" par Jean Mabillon et "Dissertation sur la sainte Larme de Vendôme" par Jean-Baptiste Thiers

Lettre d’un bénédictin à Monseigneur l’évêque de Blois par Jean Mabillon et Dissertation sur la sainte Larme de Vendôme par Jean-Baptiste Thiers

Jean-Baptiste Thiers, Dissertation sur la sainte Larme de Vendôme. Amsterdam [i.e. Paris], 1750

Achat aux enchères, Thomas, Le Mans, 2025. Bibliothèque de l’École nationale des chartes, 8R328.

L’abbé Thiers (1636-1703) est un polygraphe, à l’esprit acéré et caustique, qui ne rechigne pas à la polémique. Auteur du Traité des superstitions, au grand succès, il souhaite débarrasser l’Église de ses abus, qu’ils soient moraux ou religieux… et l’abus des fausses reliques en fait partie. Il dénonce donc comme inauthentique et absurde la sainte Larme – que le Christ aurait versée à la mort de Lazare, miraculeusement conservée et transportée à Vendôme ! Contre toute attente, cela lui valut une vive réponse de Mabillon – à laquelle il répondit à son tour. L’ouvrage ici présenté propose les trois textes, plusieurs décennies après les faits, sous une fausse adresse prétendument amstellodamoise.

Édouard Drumont, La France juive. Paris, C. Marpon & E. Flammarion, 1886

Don, 2025, Bibliothèque de l’École nationale des chartes, 8R325.

Ce pamphlet antisémite est un succès de librairie retentissant à la fin du XIXe siècle : il est réimprimé plus de cent fois l’année de sa sortie et met son auteur, le journaliste Édouard Drumont, sur le devant de la scène politique, intellectuelle et mondaine. Il rassemble trois courants de l’antisémitisme – anticapitaliste, religieux et biologique – dans un grand fourre-tout qui sera néanmoins repris pendant des générations, jusqu’à Vichy et même jusqu’à nos jours. Huit ans avant l’affaire Dreyfus, la « question juive » était ainsi posée : certains journaux dénoncent « la rage » et « la haine » de l’auteur et Arthur Meyer, célèbre patron du journal conservateur Le Gaulois, le provoque en duel. Mais Drumont surfa sur ce succès de librairie en créant un journal, la Libre parole, et en étant élu député – son influence fut immense.

Humphrey Prideaux, La vie de Mahomet, où l'on découvre amplement la verité et l'imposture, Amsterdam, Georges Gallet, 1699

Achat aux enchères, Saint-Malo, 2025. Bibliothèque de l’École nationale des chartes, 8R324.

Homme d’Église anglais, Humphrey Prideaux (1648-1724) est un grand érudit, impliqué dans les affaires de son temps. Il polémique avec les catholiques mais aussi avec les déistes, qui reprennent la thèse médiévale des « trois imposteurs ». C’est dans ce cadre qu’il rédige une vie de Mahomet, afin de démontrer son imposture et, par contraste, la vérité du Christ. Rédigé à une époque où l’orientalisme devient à la mode, fondé sur les données de l’Historia Orientalis (1651) de J. H. Hottinger, cette attaque contre l’Islam a également une portée politique : cette religion est présentée comme support de la tyrannie, à l’époque où la vie parlementaire anglaise se structure. Mais à travers une pratique biographique purement polémique, l’auteur ouvre la boîte de Pandore : car si l’Histoire peut servir à juger les religions – voire à en « prouver » la fausseté – rien n’empêche d’appliquer les mêmes méthodes au christianisme… ce qui ne manquera pas de se développer au cours du XVIIIe siècle. L’ouvrage est immédiatement traduit en français et diffusé dans toute l’Europe, où il contribue aux débats philosophico-religieux.

Usages du livre

Claude Magneney, Le Recueil des Armes de plusieurs nobles, Maison et Familles. Paris, Claude Magneney, 1633

Achat en librairie, Lestrade (Toulouse), 2026. Bibliothèque de l’École nationale des chartes, 4R128.

Claude Magneney (v. 1600-avant 1665) est un graveur spécialisé en armoiries, actif à Paris au début du XVIIe siècle. Il est connu pour un unique ouvrage qui, pour des raisons à la fois pratiques et juridiques, est entièrement gravé – ne faisant nulle part intervenir la typographie. Cet armorial, très divers dans son contenu, est publié quelques années avant que ne s’impose le système de hachures qui permet de coder les couleurs sur une estampe en noir et blanc : Magneney utilise donc des systèmes antérieurs, faits de lettres parfois ambiguës, ou abandonne totalement l’ambition de représenter la couleur.

Image décorative : Claude Magneney, "Le Recueil des Armes de plusieurs nobles", Maison et Familles, 1633

Claude Magneney, Le Recueil des Armes de plusieurs nobles, Maison et Familles, 1633

Jean François Cocq d’Hervé, Le Panthéon et Temple des oracles. Paris, Denis Thierry, 1630

Achat en librairie, Nicolas Malais, 2025. Bibliothèque de l’École nationale des chartes, 8R327.

Tout livre ne se lit pas de la première page à la dernière. Aussi, l’usage de celui que nous présentons ici est aussi singulier que la manière de s’en servir : il prédit l’avenir ! Le lecteur doit ainsi se munir de trois dés, qui vont désigner un poème à lire, censé répondre aux questions qui auront été posées. Plutôt que de véritables croyances, ce sont de plaisants badinages qui nous introduisent dans les jeux intellectuels et mondains de la société normande d’alors. L’ouvrage est dédié au roi : ce dernier en avait reçu le manuscrit, encore conservé de nos jours (BnF, mss, français 1702).

Image décorative : Jean François Cocq d’Hervé, "Le Panthéon et Temple des oracles". Paris, Denis Thierry, 1630

Jean François Cocq d’Hervé, Le Panthéon et Temple des oracles. Paris, Denis Thierry, 1630

Henry Le Bret, Histoire de la ville de Montauban. Montauban, Samuel Dubois, 1668

Achat en librairie, Lestrade (Toulouse), 2026. Bibliothèque de l’École nationale des chartes, 8R323.

Toute personne qui a lu le Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand connaît le personnage nommé Le Bret. Mais Henry Le Bret a vraiment existé : il était un ami d’enfance de Cyrano et a servi à l’armée avec lui. À la mort de son ami, il se charge de la publication des États et Empires de la Lune… mais décide aussi de rentrer dans les ordres : l’évêque de Montauban, Pierre de Bertier lui obtient une place de chanoine de la cathédrale de cette ville encore récemment protestante. Installé dans le Quercy, il a un rôle de premier plan dans la politique de réforme catholique et dans l’histoire de la ville : en 1668, il en écrit l’histoire, imprimée sur place et dédiée à son évêque.

La Sainte Bible. Paris, Nicolas Chesneau, 1568

Achat en vente aux enchères, Saint-Malo, 2025. Bibliothèque de l’École nationale des chartes, 4R129.

Il s’agit d’un très bel exemplaire réglé de la Bible en latin et en français de René Benoît, qui lui valut d’être accusé de calvinisme. On pourrait regretter sa reliure qui dépare complètement… mais c’est aussi ce qui nous intéresse ! Cette riche reliure signée de T. Henry, relieur à Saint-Brieuc, est un exemple de pastiche provincial du XXe siècle, assez soigné et en tout cas témoignage d’un goût bibliophilique et de pratiques artisanales d’une époque.

Image décorative : "La Sainte Bible". Paris, Nicolas Chesneau, 1568

La Sainte Bible. Paris, Nicolas Chesneau, 1568

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