Dans le cadre du projet Sustainable Heritage in Ethiopia, Anne Jolly, conservateur du patrimoine, cheffe de la mission Archives du ministère de la Culture, a réalisé pour l’École nationale des chartes - PSL, du 2 au 6 mars 2026, une mission exploratoire portant sur les archives de l’Ethiopian Heritage Authority.
Un patrimoine documentaire exceptionnel, mais fragile
Au cœur d’Addis-Abeba, les archives de l’Ethiopian Heritage Authority (EHA) abritent près de 70 ans d’histoire institutionnelle et scientifique. Fondé en 1952 sous le nom d’Institut d’archéologie éthiopienne, l’EHA conserve aujourd’hui presque l’intégralité de sa production documentaire : 190 mètres linéaires de documents écrits, des milliers de photographies, des centaines d’enregistrements audiovisuels et sonores. Ces archives, d’un intérêt historique et patrimonial majeur, racontent les fouilles archéologiques, les études ethnographiques, les restaurations de monuments, et les événements qui ont façonné la connaissance du patrimoine éthiopien.
Pourtant, ce trésor est en danger. Dispersées dans plusieurs locaux, soumises à des variations climatiques importantes, et souvent stockées dans des conditionnements inadaptés, ces archives nécessitent une intervention urgente. Leur accès, limité par des procédures administratives complexes, reste restreint aux chercheurs et au public.

Archives de l'EHA: fichiers, inventaires et documents audiovisuels
Une organisation complexe, des défis multiples
La gestion des archives de l’EHA repose sur une collaboration entre plusieurs départements, chacun jouant un rôle clé :
- Le département de la Recherche, dirigé par Etagegnehu Asres, est chargé de l’étude des collections. Il compte trois équipes spécialisées en histoire (manuscrits, textiles, œuvres d’art), archéologie et ethnographie.
- Le département de l’Inventaire, sous la responsabilité d’Aberan Anjulo, supervise l’inventaire du patrimoine matériel de toute l’Éthiopie. Il standardise et enregistre les données dans une base récemment développée, tout en assurant la sauvegarde et la surveillance du patrimoine en lien avec les douanes.
Trois autres départements (Conservation, Musée national, Patrimoine mondial) complètent cette structure, mais la gestion des archives reste fragmentée. Les inventaires, dispersés entre les services, ne sont pas toujours accessibles, et les procédures de versement des nouveaux documents manquent de formalisation.
Des archives audiovisuelles et photographiques à sauver en priorité
Parmi les fonds les plus précieux, les archives audiovisuelles et photographiques se distinguent par leur richesse et leur vulnérabilité :
- 160 vidéocassettes et 1000 mini-cassettes documentent les fouilles, les repérages et les études ethnographiques.
- Plusieurs milliers de diapositives et 100 albums de photographies (1960-1990) illustrent les missions archéologiques dans le nord de l’Éthiopie et en Érythrée.
- 20 enregistrements sonores complètent ce corpus.
Ces supports, souvent uniques, sont menacés par des conditions de stockage inadaptées. Leur numérisation et leur reconditionnement s’imposent comme une priorité absolue.
Recommandations : vers une gestion unifiée et durable
Face à ces enjeux, plusieurs pistes d’action ont été identifiées :
- Centraliser la gestion des archives dans un département dédié, en articulation avec les services producteurs.
- Développer et généraliser l’inventaire des archives, en y intégrant des informations essentielles (localisation, dates, typologie, état matériel).
- Mener un travail collectif de recherche sur l’histoire des archives et leur usage.
- Transférer les archives dans des locaux adaptés, dotés d’un contrôle climatique et de conditionnements sécurisés.
- Préparer les versements à la NALA (National Archives and Library Agency) et définir les conditions d’accès aux archives transférées.
Un plan d’action spécifique pour les archives audiovisuelles, sonores et photographiques (1960-2000) est en cours d’élaboration. Il prévoit le rassemblement des inventaires dispersés, le reconditionnement des collections, et leur stockage dans des locaux adaptés.
Un héritage à préserver pour les générations futures
Les archives de l’EHA ne sont pas seulement un outil de travail pour les chercheurs : elles constituent un patrimoine national, une mémoire collective à transmettre. Leur sauvegarde est un enjeu à la fois scientifique, culturel et identitaire. En agissant dès maintenant, l’EHA peut garantir que ces documents, témoins de l’histoire éthiopienne, continueront à éclairer les générations futures.








