Olivier Guyotjeannin a été, de 1988 à 2025, professeur d’Archivistique, diplomatique et histoire des institutions de l’époque médiévale à l’École nationale des chartes - PSL. Désormais professeur émérite, il revient pour la Gazette chartiste sur l’ensemble de son parcours professionnel et sa passion pour les archives.
Un intérêt précoce pour les archives
Olivier Guyotjeannin raconte avoir été sensible à l’intérêt du métier d’archiviste très tôt. Par l’intermédiaire de son père, scientifique passionné par l’histoire des sciences médicales, il a commencé à fréquenter les dépôts d’archives dès ses années de collège, avec une attirance spéciale pour les fichiers grouillants de personnes et de lieux inconnus. Il a très rapidement souhaité exercer la profession d’archiviste, vocation achevant de se renforcer après la visite de l’exposition Coligny des Archives nationales en 1972.
Après une classe préparatoire à Henri IV, Olivier Guyotjeannin intègre l’École des chartes en 1977, soutient sa thèse d’établissement intitulée La seigneurie des évêques de Beauvais et de Noyon (Xe siècle-début du XIIIe siècle) et obtient le diplôme d’archiviste paléographe en 1981.
À l’issue de sa scolarité, il reçoit le prix Auguste Molinier, qui récompense la meilleure thèse de la promotion.
Mon père, à la recherche de documents anciens sur l’histoire des sciences et de la médecine, m'emmenait fréquemment dans les dépôts d’archives : ma passion des archives est issue de ces visites. Même si j’ai quitté la profession des archives il y a assez longtemps, je considère le métier d’archiviste comme le plus beau qui soit, en particulier le métier d’archiviste départemental, en raison de la variété de ses missions et des contacts qu’il a avec la société.
Du métier d’archiviste au métier d’enseignant
À la fin de sa scolarité, Olivier Guyotjeannin effectue deux stages de trois mois chacun : le premier, à la mission des Archives nationales auprès du ministère de l’Éducation nationale, stage durant lequel il a classé le fonds du directeur de l’École normale supérieure de Saint-Cloud sous la direction de Paule René-Bazin, et le second aux Archives départementales de la Mayenne, expérience enrichissante de découverte du métier d’archiviste départemental sous la houlette de Joël Surcouf.
Après la soutenance de sa thèse d’établissement, Olivier Guyotjeannin débute sa carrière d’archiviste à Saint-Pierre-et-Miquelon (de 1981 à 1982), où il est chargé, en tant que volontaire à l’aide technique, de réorganiser et classer les archives de l’archipel, département d’outre-mer de 1976 à 1985. Cette passionnante expérience de découverte des archives du XIXe siècle, des institutions et des archives coloniales, de la vie de l’archipel et de la création d’un service miniature, depuis les campagnes de désinfection jusqu’à la rédaction d’un Guide, fut seulement assombrie par le sinistre qui frappa quelques années plus tard le cœur des collections.
À son retour en métropole, Olivier Guyotjeannin rejoint les Archives nationales, où il est affecté à la Section des missions (1982-1983, cellule technique).
Entre 1983 et 1986, il est membre de l’École française de Rome.
Olivier Guyotjeannin revient ensuite à Paris, aux Archives nationales, où il intègre le Secrétariat général (1986-1988) et participe à la conception et la préparation de l’ouverture du centre d’accueil et de recherche (Caran).
Grâce à toutes ces expériences passées, j’ai bénéficié d’un panorama assez complet du métier d’archiviste et découvert la variété et la richesse de ses missions.
En 1988, Olivier Guyotjeannin est nommé professeur (depuis lors « directeur d’études ») titulaire de la chaire d’histoire des institutions, diplomatique et archivistique du Moyen Âge, succédant à Robert-Henri Bautier, et entame ainsi une carrière d’enseignant à l’École des chartes durant laquelle il formera, sur presque quatre décennies, plusieurs générations de chartistes.
J’ai été très heureux de rejoindre l’École et d’y enseigner. Il y a peu de directeurs d’études dans l’établissement, et nous enseignons des disciplines très spécialisées : il existe donc une part de hasard liée à la pyramide des âges (il y a eu seulement cinq enseignants de diplomatique depuis les années 1860). Rien ne me destinait spécialement à devenir un diplomatiste !
Olivier Guyotjeannin relève la confusion fréquente entre diplomatie et diplomatique, comme en témoignent notamment les nombreuses correspondances et annonces de colloques et de parutions qu’il a reçues dans les domaines de la diplomatie et des affaires étrangères.
La diplomatique a pour objet les diplômes, c’est-à-dire tous les actes, les titres, les privilèges, les préceptes qui ont un certain rôle dans l’affirmation et la confirmation de droits publics des puissances. Cette discipline sert à critiquer, parmi ces diplômes, ceux qui peuvent être faux ou falsifiés. Elle naît en même temps qu’une histoire érudite, qui rejette toutes les légendes médiévales.
Ce précepte (fig.1) (un terme que l’on préférera à celui de « diplôme »), anachroniquement exhumé de l’Antiquité par les humanistes, illustre bien, comme ses congénères, le spectre du questionnaire élaboré par les diplomatistes au contact des actes solennels mérovingiens et carolingiens, son élargissement et son affinement.
Dans une première phase, où la diplomatique se structure, trouve son nom et sa légitimité (autour de Mabillon, et de son traité de 1681), les érudits commencent à trier le vrai et le faux (discrimen veri ac falsi), à dégager les critères raisonnables d’une chasse à l’apocryphe, appuyée sur la constitution de corpus de comparaison, finement découpés en autant de parties qu’il y a de genre de données et de formules : le contenu et l’expression de la date, la titulature du roi, la nature de l’attache et de l’iconographie du sceau etc.
Le demi-siècle qui s’ouvre vers 1860 voit, autour de corpus raisonnés d’édition des actes, la diplomatique se faire philologique : elle montre qu’il y a un après et un avant de l’acte : la chaîne de la tradition, les étapes de la genèse, qui dessinent les contours des cercles de lecteurs et des milieux de producteurs.
À compter des années 1960, une nouvelle période de bouillonnement apprend à lire la fabrication de l’acte comme le déploiement et la conjonction de traditions et de mutations, de « rhétoriques » textuelles et visuelles, comme une œuvre d’art. Dans le même temps, les études sur la Literacy incitent à mettre en question la place de l’écrit dans la vie sociale.
Figure 2 : « Somme » sur le gouvernement royal, mêlant actes reçus, actes expédiés, et listes diverses, le volume manifeste entre autres la fascination des contemporains pour la liste)[1].
Olivier Guyotjeannin a également enseigné l‘histoire des institutions, en particulier des institutions et de leur production, qui aboutit à la critique, à la typologie et à la réflexion sur leurs archives. Cette production révèle par ailleurs la place de l’institution dans la société, et permet à l’historien d’avoir un témoignage historique par le biais de l’étude de ces documents.
L’archivistique médiévale enfin peut être définie au premier chef comme l’art de classer et d’inventorier les fonds d’archives médiévaux, une occupation plutôt rare dans les services de petite taille, mais souvent récupérée dans des publications et des expositions. L’archivistique a aussi montré tout son potentiel en se faisant « typologie des documents d’archives » : une fois les actes pliés au questionnaire de la diplomatique, il reste à prendre en compte les documents de gestion (comptabilités, documents fonciers, registres judiciaires, documents nécrologiques, etc.), dont les convergences, les modes de création et de mise à jour sont érigés en processus historiques. La diplomatique et l’archivistique s’écrivent par et pour l’Histoire comme y ont insisté les générations successives de chartistes.
Il existe un décloisonnement disciplinaire important à l’École : l’histoire du droit, l’histoire de l’art, l’histoire du livre et des bibliothèques, la codicologie, la philologie... Tous ces enseignements, suivis en parallèle par les élèves, sont essentiels à la compréhension des documents médiévaux étudiés dans le cadre de la diplomatique et de l’histoire des institutions !
Une carrière riche en collaborations et en éditions électroniques
Au cours de sa carrière d’enseignant, Olivier Guyotjeannin s’est intéressé à la pédagogie de la diplomatique, et a par conséquent beaucoup travaillé, avec d’autres diplomatistes, sur des normes et des conseils pour l’édition des actes et des textes médiévaux. Dans cette optique, il a beaucoup utilisé les ressources numériques afin d’apprendre aux élèves la diplomatique.
Olivier Guyotjeannin est également à l’origine de projets numériques autour des sources médiévales, dans le cadre de l’histoire documentaire, de la diplomatique et des humanités numériques. Il a notamment codirigé l’ouvrage Actes royaux et princiers à l’ère du numérique (Moyen Âge - Temps modernes), aux Presses de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, avec Olivier Canteaut et Olivier Poncet. Ce volume, disponible en libre accès au format numérique, explore les corpus numériques et les pratiques d’édition électronique des actes médiévaux et modernes dans le cadre du projet ANR AcRoNavarre.
Olivier Guyotjeannin est également impliqué dans des éditions en ligne de sources médiévales, et cite tout particulièrement l’édition électronique des chartes de l’abbaye de Saint-Denis, conçue avec Florence Clavaud, qui constitue un important corpus documentaire médiéval.
Il a aussi participé à des travaux mettant en perspective les enjeux du tournant numérique pour l’historien médiéviste et l’édition électronique de textes historiques, notamment dans des publications collectives qui analysent l’impact des technologies numériques sur les pratiques éditoriales, la diplomatique et l’accès aux sources.
Intervenant(s)
- [1]
« Somme » sur le gouvernement royal, mêlant actes reçus, actes expédiés, et listes diverses, le volume manifeste entre autres la fascination des contemporains pour la liste, qui accompagne de nouveaux modes de stockage et de traitement de l’information ; troisième d’un ensemble de « cartulaires-registres » ouverts et complétés par des clercs du roi, la compilation rompt avec plusieurs traditions, à commencer par le terme (sans doute d’origine pontificale) de « registre » qu’elle décerne au volume. Sur cette page figurent une notice rapportant le désintéressement des héritiers du comté de Beaumont-sur-Oise au profit du roi, et plusieurs listes de « pleiges » se portant garants de reconnaissances ou de promesses faites au roi. Indépendamment du contenu factuel, l’organisation du volume, comme ses modes de fabrication et d’utilisation sont revendiquées comme un matériau d’histoire passible d’une analyse diplomatique ouverte aux nouvelles curiosités de la codicologie.

![Image décorative : donation de la forêt de Kintsheim en Alsace au prieuré de Lièpvre dépendant de l’abbaye de Saint-Denis[-près-Paris] par le roi des Francs Charlemagne, 774 ; original, parchemin © Arch. nat., AE/II/38](https://www.chartes.psl.eu/sites/default/files/public/styles/default_large/public/media/image/2026-02/dafanch01_pc45000006_p.jpg?itok=kMBycKyD)









